Édition Nº37 du 29 janvier 2013 Retour au sommaire

Traduction : De l’art de faire sa veille

Une composante importante de nos métiers est de faire une bonne veille pour rester à jour. Les technologies n’évoluent pas si vite — la spécification et l’implémentation d’HTML5 et CSS3 prennent énormément de temps. Mais les idées autour des technologies et les choses qu’il est possible de faire avec sont en constante évolution, et des centaines de billets de blogs et d’articles sont publiés chaque jour à ce sujet. Bien sûr il est impossible de tous les lire, néanmoins vous devez quand même vous tenir au courant. Voici quelques conseils pour y arriver tout en conservant suffisamment de temps pour travailler.

Filtrer

La partie la plus difficile dans la veille est de ne pas trop lire. Tant d’articles sont publiés quotidiennement que vous avez besoin de filtrer. Il est malheureusement relativement rare d’être payé à lire des articles toute la journée, c’est pourquoi vous ne devriez pas lire des choses qui soient moyennement intéressantes, mais uniquement ce qui est pertinent. Bien sûr, vous pouvez essayer d’automatiser ce filtrage, mais à ma connaissance les meilleurs filtres sont en fait les gens et le temps.

Les gens

Certaines personnes ont des tonnes d’idées. Toutes ne méritent pas nécessairement votre attention, mais quelques unes sont excellentes. Si vous suivez ces personnes directement, vous devrez alors filtrer beaucoup de bruit et il vous faudra du flair pour en extraire les articles qui valent le détour. Une bonne façon de contrecarrer cet effet consiste à ne pas les suivre directement, mais à suivre les gens qui les entourent : ils vous serviront de filtre. Si une excellente idée émerge, ils en parleront. Pour conserver votre santé mentale, évitez de suivre les « grandes gueules » (suivez leurs amis plus discrets).

Ce conseil fonctionne très bien pour Twitter, mais il est aussi valable pour les blogs. Ne suivez pas de sources hyper-actives : suivez les gens qui suivent ces sources.

Âmes-soeurs

Il y a quelques années, j’ai remarqué que mes flux RSS commençaient à s’appauvrir, surtout s’agissant des blogs publiant des articles avec des avis très arrêtés. Les articles qui recueillaient énormément de commentaires avaient disparus. Ces discussions ont déménagé sur Twitter d’un jour à l’autre. C’est la raison qui m’a poussé à m’inscrire sur Twitter (même si je dois admettre être devenu accro en moins d’une semaine). Si vous prenez soin de votre flux Twitter, il peut devenir une bonne source d’informations utiles et de qualité. Mais si vous suivez les mauvaises personnes, ou trop de monde, le contraire se produira. Mon flux est principalement constitué de gens qui sont d’accord les uns avec les autres. Cela veut dire qu’il n’est généralement pas rempli de discussions stériles à propos de points de détails qui prennent facilement des proportions gigantesques. Attention, je ne vous dis pas de ne pas suivre les personnes qui ne sont pas d’accord avec vous, mais je pense que Twitter n’est pas le vecteur le plus approprié pour cela.

Émotion

Dans la même veine que ma gestion de Twitter (où j’essaye autant que possible d’éviter les discussions houleuses), voici un autre excellent filtre que j’utilise : le temps. Je ne lis presque jamais les articles au moment de leur publication : j’attends quelques jours, semaines, voire même mois. Car s’ils sont toujours intéressants après un certain temps, cela signifie qu’ils valent le coup d’être lus. Beaucoup de choses sont dépassées quelques jours seulement après leur parution : de nombreux articles sont écrits sous le coup de l’émotion, et la plupart des réponses à ces derniers le sont avec encore plus d’affect. Ces querelles sont divertissantes mais rarement intéressantes une semaine plus tard.
J’utilise Pinboard pour créer un tampon d’articles non-lus, mais d’autres outils tout aussi pratiques existent comme Instapaper ou Pocket (et vous pouvez également vous servir de la fonction favoris de votre navigateur).

Faire sa veille pour être à jour ne signifie pas connaître les dernières modes ou les derniers potins. Il s’agit plutôt de se tenir au courant des informations utiles en lisant les sources adéquates. Mais attention, lire des articles pertinents ne suffit pas, il faut aussi pouvoir se rappeler de leur contenu.

Sauvegarder son savoir

Ce qui est bien avec l’époque actuelle, c’est que nous n’avons pas besoin d’apprendre par coeur tout ce qu’on lit : nous avons des ordinateurs pour le faire à notre place. Nous devons seulement nous assurer que notre ordinateur puisse trouver ce dont nous souhaitons qu’il se rappelle. Créez une base de données de liens vers les articles qui vous semblent intéressants à lire. J’ajoute toujours un petit commentaire à ces liens quand je les enregistre dans Pinboard, de cette façon il m’est plus facile de les retrouver quand j’en ai besoin. Vous pouvez aussi acheter l’option d’archivage de Pinboard pour retrouver les vieux articles encore plus facilement. Pour ma part, j’ai créé quelques règles avec IFTTT pour sauvegarder ces liens dans Evernote et Dropbox. Je ne veux pas dépendre d’un seul outil, alors je répartis mon savoir.

Utiliser son savoir

Une part importante de la compréhension d’une nouvelle technique ou astuce (de design) est de l’appliquer. Vous pourriez bien entendu commencer à l’utiliser immédiatement sur un gros site en production (ou vous pourriez simplement l’essayer d’abord). Il existe beaucoup d’outils pour tester facilement des bouts de code, comme l’extraordinaire Dabblet et l’incroyable JS Bin. S’amuser avec des bouts de code trouvés dans des articles vous aidera grandement à comprendre le fonctionnement des choses.

Outils

Il existe beaucoup d’outils que vous pouvez utiliser pour regrouper et conserver votre savoir (j’en ai déjà mentionné quelques-uns). En voici d’autres :

Twitter

J’utilise YoruFukurou comme client Twitter. Il est non-obstructif et doté de fonctionnalités intéressantes pour les utilisateurs avancés, comme de pouvoir mettre en sourdine certains mots. Il possède aussi quelques options avancées de filtrage qui sont bien pratiques. Tweetbot est un outil similaire qui fonctionne particulièrement bien sur les machines en iOS. Je mets en favori chaque tweet qui contient un lien potentiellement intéressant (oui, c’est pour ça que je mets en favoris tous vos liens, je ne vous traque pas). Tous ces favoris sont automatiquement enregistrés comme articles non-lus dans un compte Pinboard.

RSS

Je lis mes flux en utilisant Fever, un lecteur de flux self-hosted [NDT : hébergé sur un serveur perso et non dans le cloud] qui est excellent. Il possède une fonctionnalité qui détecte le degré de popularité des articles en vérifiant combien de personnes font des liens pointant vers lesdits articles. Il utilise un principe malin de Sparks, des flux qui pointent vers des choses intéressantes mais qui ne valent pas le coup d’être suivis pour déterminer ce qui est populaire. Vous pouvez enregistrer les articles pour plus tard (et, oui, chez moi ils sont aussi enregistrés comme articles non-lus dans mon compte Pinboard).

Pinboard

Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, en créant des filtres ingénieux vous pouvez vous assurer que votre liste d’articles non-lus reste gérable. Mais lire les articles et ensuite faire quelque chose de concret avec ce nouveau savoir peut s’avérer très chronophage. De temps en temps je clique sur l’un de mes deux bookmarklets Pinboard qui me montrent soit l’article non-lu le plus vieux soit un au hasard. Comme je l’ai dit, beaucoup d’articles ne sont plus d’actualité après quelques jours (mais il en reste encore beaucoup à lire). Si c’est un article court, je le lis tout de suite. Si il est très long et très intéressant, soit je me l’envoie par email soit je l’enregistre dans Instapaper.

J’enregistre chaque article qui vaut le coup d’être remémoré dans un deuxième compte Pinboard en utilisant Delibar, avec un petit commentaire et quelques mots-clés. Il y a bien d’autres façons d’organiser ces liens, mais ce système fonctionne pour moi (je trouve en quelques secondes généralement un lien dont j’ai besoin).

IFTTT

IFTTT est un outil très pratique qui connecte des services Web entre eux. Je l’utilise pour enregistrer mes favoris dans un maximum d’endroits possibles. Par exemple, chaque article que j’enregistre dans mon deuxième compte Pinboard est sauvegardé sur Evernote et Dropbox. Il m’est ainsi possible d’accéder à tous ces favoris depuis chaque appareil que j’utilise grâce à des outils spécialisés comme nvAlt.

Parler

Tout cet article parle de la veille par la lecture d’articles, mais une des meilleures façons de rester à jour est de parler avec des gens. Dans la vie réelle, vous pouvez parler à vos collègues ou assister à des conférences et des ateliers, de nombreuses réunions de personnes ayant lieu régulièrement de par le monde. Vous pouvez utiliser Twitter ou IRC pour lancer des discussions ou poser des questions, ou poster votre questions sur l’un des nombreux forums qui existent.

Autres outils

Beaucoup d’autres outils existent pour vous aider dans votre veille. Beaucoup de gens utilisent Readability, Delicious ou Pocket pour collecter des liens. D’autres utilisent les emails pour s’envoyer des liens. Certaines personnes utilisent la fonctionnalité de base de leur navigateur et d’autres codent leur propre service de favoris.

Sources

Professionnellement, je suis spécialisé en HTML et CSS, et j’ai un intérêt pour le Web Design et quelques autres sujets. Comme j’ai une connaissance experte des CSS, cela n’aurai pas beaucoup de sens pour moi de suivre des sites qui proposent des tutoriels pour débutants. Alors sur ce sujet spécifique je suis les véritables experts et même les gens qui écrivent les spécifications : ma connaissance des CSS doit être plus qu’à jour. Bas Poppink, un de mes collègues, appelle ce principe « suivre les sources de vos sources jusqu’à remonter jusqu’à la source-mère ». J’appelle ça le Principe Poppink. Alors si vous avez passé le stade des tutoriels, demandez aux auteurs de ces ressources quels sites et personnes ils suivent.

Identifier quelles sources sont appropriées pour vous dépend de beaucoup de choses, comme votre expérience et vos champs d’intérêt. Ci-dessous vous trouverez quelques-unes de mes sources. Vous y trouverez peut-être des choses intéressantes…

Mes sources

Ma source principale d’information provient des gens qui twittent quelque chose qui pourrait m’intéresser. Twitter est aussi formidable pour discuter d’articles et d’opinions, ou demander conseil. Mais il y a plus…

Flux

Il y a quelques flux sur lesquels je m’appuie : les favoris de Jeremy Keith, Kazuhito Kidachi, Peter van der Zee, et Paul Irish. Ils y ajoutent généralement des descriptions utiles. Il y a quelques personnes qui postent régulièrement des listes de lecture de haute qualité : vous devriez définitivement en suivre quelques unes aussi, si ce n’est toutes. Le reste des liens est distillé depuis une collection plus ou moins aléatoire de flux RSS anciens et d’autres plus récents qui aurait certainement besoin d’un désherbage. Vous voulez vraiment les consulter ? Voici le fichier OPML.

Mais vous seriez probablement mieux servis par l’excellente collection de flux « Front-End and Web Standards » entretenue par Paul Irish. Il pointe aussi vers ces épatantes newsletters hebdomadaires sur JavaScript, Web design, CSS et HTML5. Elles sont définitivement à suivre si vous préférez l’email.

Vos propres sources

Que vous vouliez être le meilleur de votre profession ou quelqu’un qui soit assez bon, faire une veille pour rester à jour est absolument essentiel pour tout professionnel qui se respecte. Les personnes et flux exacts à suivre dépendent de vos propres intérêts. Prenez simplement le temps de les trouver et de les collecter, et assurez-vous de les regarder d’un oeil critique régulièrement. Vous êtes aussi totalement libre de choisir les outils que vous utiliserez pour vous tenir au courant, car il y a beaucoup plus de façons de faire que celles décrites ici.
J’espère que cet article vous aura quelque peu aidé à trouver de bonnes sources et à vous créer un meilleur flux d’information.

Pour nos lecteurs francophones, voici une petite sélection de sources intéressantes, n’hésitez pas à partager les vôtres (ainsi que vos outils favoris) dans les commentaires :

Traduction : De l’art de faire sa veille

Note de cet article : 2 / 5

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Raldo CHEA

#1

Merci pour l’article.
Dans l’article, on voit la veille comme un contrainte pour rester à jour. Lorsqu’on me dit que l’informatique demande à ce qu’on soit à jour, je répond en disant que c’est simplement pour faire mieux plus rapidement mais que c’est aussi une passion.

Si y a pas au moins un des 2 critères et qu’il y a en plus des contraintes supplémentaires, autant rester sur ce que l’on sait faire.

Mise à part les outils de type Instapaper (surement à tord), j’utilise le reste :)

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